LES CONSULS GÉNOIS, TOSCANS ET IMPÉRIAUX À SÈTE VERS LA FIN DE L’ANCIEN RÉGIME (Note et Documents)

Au cours du XVIIIe siècle, Sète tente, non sans mal, de s’imposer face à ses voisines, peu enclines au partage, et de prendre ses distances par rapport à Montpellier qui joue volontiers avec elle à la puissance tutélaire, tandis que les principaux états maritimes de l’Europe méditerranéenne et septentrionale commencent à reconnaître son importance croissante en y établissant peu à peu des représentations consulaires. La partie paraît gagnée vers 1780.

Alors ses consuls peuvent enfin jouir de « l’entière police dans la ville… à la charge », il est vrai, « de l’exercer et procéder pour et au nom du Sieur Évêque » d’Agde[1]. Ses liaisons avec le reste de la province et du royaume s’améliorent tant vers l’Ouest où l’accès au Canal de Languedoc par l’étang de Thau commence à devenir plus aisé, que vers l’Est, à la faveur de la mise en chantier au début de l’année 1780 du canal de Sète au Rhône. Sept de ses maisons de commerce se considèrent, d’autre part, assez fortes, dès 1778, pour former une « Compagnie d’Amérique » au capital de 540.000 L.[2]. Dans cet apparent climat d’expansion, certains peuvent alors concevoir un vaste plan d’extension de la ville et du port, tels Jean-Antoine et Étienne Giral qui projettent en 1779 celui d’une nouvelle ville en damiers autour d’un grand bassin qu’ordonne une place royale ouverte sur un grand canal creusé dans le sens Nord-Sud, à l’Est de l’ancien[3]. À ces signes de vitalité s’ajoute la présence de consulats étrangers dont l’Almanach royal tient régulièrement la liste. D’après celui de l’année 1780, Sète accueillerait déjà un vice-consul de « l’État ecclésiasque », partagé avec Agde (Jean-Baptiste Roux), un consul et un vice-consul d’Espagne (Marquez et Joseph Roman), un vice-consul des Deux-Siciles (Domini Contaldo), un consul de Suède qui exerce aussi ses fonctions à Montpellier (Barthold Paulin) et un consul de Malte (Imbert)[4]. Ne pouvait-on pas, dès lors, légitimement imaginer trouver dans les archives des métropoles qui avaient réussi à faire accréditer auprès du Roi Très Chrétien leurs représentants à Sète, des documents importants, comparables aux rapports que rédigeaient régulièrement les consuls vénitiens pour renseigner la Sérénissime ?[5].

Les premiers sondages, presque exclusivement circonscrits, il est vrai, à quelques fonds italiens, n’ont pas donné les résultats escomptés[6]. Pour l’instant, nous n’avons nulle part découvert les pièces attendues pour combler les lacunes de la documentation française jusqu’ici utilisée sur le mouvement du port qui n’éclaire que quatre moments de l’évolution du trafic portuaire sétois avant 1789 : 1686, 1717-1739, 1743 et 1772-1777[7]. Mais les sources repérées à ce jour ne sont pas pour autant sans intérêt, comme le montrent, nous semble-t-il, les quelques lettres et mémoires que nous publions ci-dessous avec la traduction française des documents rédigés en italien[8]. Pour ce premier choix, nous avons retenu la totalité des lettres des consuls sétois, datées des années 1775-1789, conservées et répertoriées dans trois dépôts italiens, ceux des Archives d’État de Gênes, de Florence et de Trieste. Selon toute vraisemblance, cet échantillon n’est pas exhaustif, car dès le XVIIe siècle, la correspondance consulaire était répartie entre différentes séries. À Gênes, par exemple, comme le note A. Salone à propos de celle reçue de Marseille, elle était fractionnée « en fonction de l’importance du secret des nouvelles » entre diverses institutions de la République dont l’inventaire n’est point encore, dans de nombreux cas, achevé[9]. Le fonds de la « Giunta di Marina » pourrait ainsi révéler un jour des documents précieux sur les relations entre Sète et la Ligurie. Malgré leur irrégularité, due sans doute à une inégale conservation, et leur relative banalité, propre à ce type de littérature administrative, ces fragments de correspondance permettent de préciser la nature de la fonction consulaire dans les ports français à la fin du XVIIIe siècle, de rappeler quelques aspects de la vie maritime méditerranéenne à cette époque et surtout de préciser la vision qu’avaient alors les membres les plus dynamiques du négoce sétois, du développement futur de leur port.

Ces quelques lettres illustrent, tout d’abord, quelques-uns des caractères que présente l’institution des consuls étrangers dans la France du XVIIIe siècle. Mais si les juristes de l’époque hésitent encore sur l’exacte nature du droit dont elle relève, le droit des gens ou « le droit purement politique »[10], tous s’accordent à lui reconnaître qu’elle contribue « à l’avantage, l’agrandissement, la sûreté et la police du commerce des nations les unes chez les autres »[11]. En l’absence de textes généraux comparables à ceux que l’on rencontre parfois dans les Instructions données aux Ambassadeurs de France à Gênes[12], les extraits transcrits ci-dessous permettent de confirmer cette présentation traditionnelle du rôle des consuls, celui « de veiller aux intérêts du commerce national, d’imaginer et de suggérer les moyens de l’améliorer et de l’étendre dans les contrées où ils résident, de défendre les négociants qui y trafiquent… »[13].

En cette fin du XVIIIe siècle, les consuls étrangers en France ne sont plus les élus de leurs pairs, marins ou marchands[14]. Ils tiennent désormais leurs pouvoirs et leurs prérogatives d’une commission du souverain. Charles Mercier le sait bien quand il s’inquiète de ne point recevoir celle qu’il attend de Vienne[15]. Ces documents fixent, en termes le plus souvent généraux, les fonctions que les États assignent à leurs consuls. C’est bien le cas de la lettre de commission qu’Antoine Roux exhibe en 1751 à la Municipalité de Sète. Le Doge et les Seigneurs de la République de Gênes y précisent, en effet, la mission qu’ils souhaitent lui voir remplir : « dézirant que Nos sujets Marchands ou autres de notre Nation qui résident à Agde ou à Cette ou qui feront pratiques en Languedoc soient protégés et défendus, tant dans leurs négoces que dans tout ce qui leur pourroit arriver »[16]. La défense des intérêts des nationaux qu’ils représentent face aux exigences légitimes ou illégitimes des États où ils sont établis, constitue donc l’un des principaux rôles des consuls. On s’en rend bien compte à la lecture de la correspondance d’Antoine Roux. Plusieurs fois, en effet, celui-ci souligne l’iniquité du droit de frêt qui pèse sur les bateaux génois. Selon lui, cette perception « ruine » les échanges maritimes entre la « Rivière » ligure et les ports languedociens. Notre consul presse la Sérénissime de demander au Roi de France qu’il en exempte ses ressortissants. Dès 1757, au moins, il se plaint de la perception de ce droit, établi, selon son Mémoire au Contrôleur général des Finances de 1773[17], par un arrêt du Conseil du 20 juin 1659, à raison de 50 sols par tonneau de port[18], parce qu’il constate qu’au fil des ans, le nombre des pays assujettis a diminué tandis que sa valeur de base a augmenté. À la fin de la guerre de Succession d’Espagne, par exemple, les traités signés le 11 avril 1713 par la France avec l’Angleterre, d’une part, et avec les Provinces-Unies de l’autre, stipulent explicitement que les navires de ces deux pays en seront désormais exemptés[19]. Au début de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les Génois et les sujets du pape semblent parmi les derniers à y être soumis. Aussi Antoine Roux s’en inquiète-t-il, d’autant qu’à partir du 1er janvier 1751, le droit de fret a été porté à 5 livres par tonneau[20], et que surtout, à la fin de l’année 1772, l’augmentation de 8 sols par livre sur tous les droits de marchandise lui a été appliquée au grand dam des patrons génois qui désormais doivent verser au receveur des Fermes de Sète 7 livres par tonneau. Le patron Berlingeri en fait l’expérience au début de l’année 1773 pour avoir déclaré « huit cens balais de ris, dix livres de confiture et douze quintaux aulx »[21]. Le consul prend fait et cause pour le patron génois d’autant que dans cette affaire, la modération du tiers du droit de fret, appliquée en vertu d’un arrêt du Conseil qui se renouvelle tous les ans à la demande des États de Languedoc n’a même pas été prise en compte. À ses yeux, la Sérénissime République de Gênes est victime d’une double injustice : celle d’un traitement inégal par rapport aux autres pays étrangers et celle d’une interprétation extensive de l’augmentation des 8 sols pour livre appliquée au fret alors qu’elle n’aurait dû affecter que les marchandises. Pour lui, il n’y a pas de doute, l’intérêt de Gênes est directement atteint : « la perception de ce droit fait qu’on ne voit plus les navigateurs génois dans ces parages, puisqu’ils sont obligés de payer 7 francs pour chaque tonneau d’une valeur de 24 cantaro »[22].

Dans sa correspondance avec les autorités de Trieste et de Florence, telle qu’elle est transcrite ci-dessous, Charles Mercier ne semble pas avoir eu à s’engager dans les affaires de contentieux douanier comparables, bien qu’il sache que, le cas échéant, il devra le faire : au moment de prendre ses nouvelles fonctions de représentant impérial à Sète, il affirme, par exemple, qu’il est prêt à veiller avec fermeté « aux privilèges des impériaux »[23]. La part de la défense des intérêts des nationaux est donc inégale dans les dépêches d’Antoine Roux et de Charles Mercier, importante chez celui qui fait figure de vétéran dans la carrière consulaire, quasi-inexistante chez celui qui y apparaît vers 1780 comme un néophyte, voire un postulant. De même, chacun remplit à sa manière son rôle d’informateur, le premier, plus attentif aux mouvements des corsaires barbaresques, le second, plus appliqué à souligner les signes du dynamisme sétois. L’un informe par routine, l’autre, par nécessité, puisqu’il doit convaincre gouverneurs et ministres de l’intérêt de créer des consulats dans ce port.

Antoine Roux conjugue, en effet, la Méditerranée au présent, ou, plus exactement, la Méditerranée qui lui est familière, celle que bornent, à l’Est, le golfe de St-Tropez et, à l’Ouest, celui de Valence. Sous sa plume, les eaux du golfe du Lion paraissent placées sous le danger quasi-permanent des Barbaresques. Été comme hiver, leurs galiotes et leurs chébecks semblent être à l’affût des tartanes et autres embarcations génoises[24]. Le mal est ancien. En dépit de flux et de reflux depuis le Moyen-Age, cette forme secondaire de la guerre à laquelle participent Chrétiens et Musulmans, reste encore très active à la fin du XVIIIe siècle[25]. Alertés par les autorités municipales et marchandes des ports languedociens, les agents de la monarchie en suivent sans répit l’évolution. À la fin de l’année 1778, le gouverneur de la province, le maréchal de Biron, par exemple, prête attention à « la crainte et à l’inquiétude qu’ont répandues sur les côtes de Sète les corsaires de Mahon »[26]. Au début de l’année suivante, le Maire et les Consuls de la ville lui écrivent de nouveau pour lui signaler que selon des Catalans, « des corsaires mahonnais, venant du côté de Barcelone seront aujourd’hui dans le Golfe » et lui rappeler qu’il « avait couru un bruit que la Cour avait donné des ordres pour faire croiser une barque armée » sur leurs côtes et le convaincre qu’ « il serait de la plus grande conséquence pour le commerce qu’on accordât ce bâtiment au plus tôt »[27]. Les lettres d’Antoine Roux à Gênes n’apportent donc pas de révélations sur le danger barbaresque en Méditerranée occidentale vers 1780. Mais elles éclairent le mode d’information utilisé alors pour s’en prémunir. Le consul se contente de se faire l’écho des renseignements recueillis de la bouche de patrons de barques ou de tartanes. Malgré leur fréquente incertitude, Gênes en est friande car elle sait que les navires de sa nation ne sont pas protégés par des capitulations particulières avec les Barbaresques.

Charles Mercier ne se désintéresse pas de la situation présente de la Méditerranée et moins encore de celle de Sète. Mais son optique n’est pas celle d’Antoine Roux. Bien qu’il n’oublie pas de faire allusion au danger de la course, il insiste délibérément dans sa correspondance moins sur les conditions générales de navigation que sur les manifestations du développement récent du port pour mieux démontrer qu’elles sont le signe prometteur d’un essor durable.

Dans son Mémoire adressé, en mai 1781, au gouverneur de Trieste, le comte de Zinzendorf, il souligne, sans aucune exagération obséquieuse, les effets heureux de la politique économique de Joseph II qui se traduit alors par une présence de plus en plus visible, à Sète, de navires battant le pavillon impérial. De fait, les relations directes avec les pays de la Maison d’Autriche sont ici tardives. Les tableaux du mouvement des navires, tels qu’ils ont été dressés par L. Dermigny pour les années 1686 et 1717 n’indiquent aucun bateau qui aurait eu pour port d’attache, provenance ou destination un de leurs ports[28]. En revanche, dans les années 1739-1743, et, sans aucun doute, avant même, le commerce des vins et des eaux de vie entre Sète et Ostende ou Bruges semble bien établi[29], ce qui n’empêche pas cependant que dans les années 1770, il est encore presque exclusivement assuré par des bateaux hollandais et surtout français[30]. Quant aux échanges directs avec Fiume et Trieste, l’écran formé par la Péninsule et la médiocrité, surtout, du trafic de ces deux ports jusqu’au seuil des années 1780 paraissent y avoir fait obstacle. À la fin de la Guerre de Sept ans, le gouvernement autrichien ne reconnaît-il pas lui-même qu’il n’a pas encore réussi « à faire de Trieste un nouvel Amsterdam »[31]. En 1777, année du début du « second souffle de Trieste », selon l’expression de Jean Georgelin, ce port ne dispose pas encore de quai[32]. Bien que n’ignorant pas les faiblesses passées du commerce autrichien à Sète, Charles Mercier n’hésite pas dans son Mémoire à dessiner un véritable plan de son développement en analysant quelques atouts géographiques et économiques du port languedocien.

Dans ce texte dont les principaux arguments sont repris dans celui qu’il adresse l’année suivante au Secrétaire d’État aux Affaires étrangères du Grand-Duc de Toscane, il esquisse notamment le rôle d’escale que peut jouer Sète sur la route de Fiume à Ostende. Il mise sur la fierté et l’esprit de concurrence des Autrichiens stimulés depuis peu par Joseph II, en laissant par exemple, entendre que le quasi-monopole dont jouissent dans ces années 1780 les Suédois et les Danois dans les exportations vers la Baltique peut être battu en brèche. Du Brabant n’arrive-t-il pas déjà du tabac destiné à la manufacture locale qui fonctionne depuis 1751 grâce à d’autres importations, en particulier, à celles plus massives de Virginie, par le relais anglais de Whitehaven et surtout par celui, écossais, de Glasgow ou d’Aberdeen[33]. À ce trafic où les Autrichiens pourraient avoir une meilleure part, s’ajoute celui dont les bases sont en train de se définir : celui fondé sur l’exploitation des marais salants qui s’organise sur la plage de Sète entre la mer et l’étang à l’Ouest du Mont Saint-Clair « jusques au promontoire d’Agde ». C’est, en effet, par un arrêt du Conseil du 15 juin 1779 que trois hommes d’affaires, partagés entre Montpellier et Sète, Jean-Louis Sérene, François Castilhon et François Martin Rey en reçoivent la concession « à titre de propriété incommutable »[34]. Le dessein de ces négociants est clair : il ne s’agit pas pour eux de faire concurrence aux puissants propriétaires des salins de Peccais dans le royaume et sur leurs marchés étrangers traditionnels comme la Savoie[35], mais d’exporter vers l’Italie et le Nord de l’Europe, à l’instar de l’Espagne et du Portugal qui tirent le parti le plus avantageux pour leur commerce de leurs salines d’Ibiza, d’Alicante et de Sotubal, par exemple. Pour eux, l’aménagement de nouveaux marais salants sétois sur cette plage connue pour « la qualité et l’abondance des sels qui s’y forment naturellement » doit entraîner les armateurs sétois à fréquenter, plus qu’ils ne l’avaient fait jusqu’alors, les mers du Nord. Plus précisément, si Charles Mercier se fait le propagateur des intérêts des concessionnaires de ces nouveaux marais salants, c’est peut-être parce qu’il pense à la partie qui s’achève alors entre Venise et Vienne à propos des approvisionnements en sel nécessaires à la Lombardie autrichienne. Maîtresse des importations en Adriatique du sel de Tripoli, la Sérénissime s’était considérée jusqu’au début des années 1770 comme son fournisseur exclusif. Or, la Lombardie autrichienne venait de secouer cette dépendance, en demandant aux salines toscanes exploitées entre Livourne et Grosseto le sel dont elle avait besoin, Trieste se chargeant désormais de son acheminement[36]. La presse montpelliéraine signale au cours de l’année 1781 l’avancement des travaux des salines sétoises que constatent les dignitaires de la province, comme l’archevêque de Toulouse et les évêques de Carcassonne et de Comminges[37]. Les minutes notariales de l’année suivante renferment plusieurs contrats d’engagement de maîtres sauniers de Berre en Provence qui promettent d’y travailler pendant neuf ans « du premier avril jusqu’à ce que les sels soient levés et encamelés »[38]. Dans le Mémoire qu’il adresse peu après aux autorités de Toscane[39] pour les décider à le nommer consul du Grand-Duc en Languedoc, Charles Mercier développe la plupart des arguments précédents afin de les convaincre que Sète est promis à un essor certain, mais il souligne aussi son rôle en temps de guerre, celui d’une étape sur la route des foires de Bordeaux au débouché du canal des Deux-Mers.

Ainsi ces trois extraits de correspondance révèlent diverses images de Sète au début de la décennie 1780 : principalement, celle d’un port méditerranéen soucieux de maintenir ses relations de cabotage le long du littoral septentrional du golfe du Lion malgré le danger réel de la course dont les Barbaresques n’ont pas alors le monopole[40], et celle d’un port pour lequel quelques négociants rêvent d’une fonction plus prestigieuse, celle d’un port d’escale entre l’Adriatique et les mers de l’Europe du Nord, oubliant un instant l’existence active de Livourne et de « l’impérieuse Marseille ». Ces deux représentations, plus complémentaires qu’opposées, tiennent, en fait, plus à la nature des rapports entretenus par Sète avec chacune de ces villes italiennes et à une expérience inégale d’Antoine Roux et de Charles Mercier dans l’exercice des fonctions consulaires qu’à une interprétation divergente du rôle majeur de son port.

Sète et les escales du littoral du Bas-Languedoc auxquelles elle a, pour une large part, succédé, ont entretenu des relations particulières au cours de l’histoire avec Gênes, Livourne et Trieste. C’est avec le premier de ces ports que les liaisons sont les plus anciennes, même s’il est vrai qu’il n’est pas encore fait mention de Français du Midi dans le tarif génois de la fin du XIe siècle[41]. Dès 1201, et de nouveau en 1252, par exemple, Montpellier signe un traité avec la République[42]. Ces rapports anciens se prolongent jusqu’au début de l’époque moderne. Dans les premières années du XVIe siècle, Aigues-Mortes accueille, par exemple, un consul de cette Nation[43]. Par la suite, les relations entre la Ligurie et la côte basse du Languedoc ne se distendent plus. Dès le temps de sa création, le port de Sète accueille de nombreuses barques génoises[44]. Pendant tout le XVIIIe siècle, les registres de la Ferme générale mentionnent sans répit des chargements de vin blanc ou rouge du pays à destination de Gênes[45]. L’établissement d’un consulat génois au début du XVIIIe siècle témoigne de la vigueur des échanges entre Sète et la Ligurie à cette époque[46]. Avec la Toscane, le commerce languedocien est, de même, ancien, effectué tout d’abord par Pise et Porto-Pisano, avant de l’être, à partir de la seconde moitié du XVIe siècle par Livourne[47]. En 1686, par exemple, plus du tiers des bâtiments entrés dans le port de Sète proviennent de ce dernier port, créé et soutenu par les Médicis[48]. Au cours du XVIIIe siècle, la place de Livourne dans le trafic portuaire sétois ne s’estompe pas : non seulement, son port-franc assure de plus en plus le rôle de véritable emporium de la Méditerranée occidentale, mais encore, il fournit les bâtiments nécessaires aux exportations sétoises[49]. Au seuil de la dernière décennie de l’Ancien Régime, Trieste fait presque figure d’inconnue. Au début du XVIIIe siècle, elle n’est encore qu’un port de pêche dont la population se situe autour de 5.000 habitants[50]. Les milieux maritimes commencent véritablement à s’y intéresser vers les années 1760 seulement[51]. La France, par exemple, y ouvre un consulat en 1769[52]. Mais ce n’est qu’à partir de 1777 que se manifeste sa vocation mondiale. Alors que commence l’activité réformatrice de Léopold, se crée la Société impériale pour le commerce asiatique de Trieste et d’Anvers[53]. En l’espace de vingt ans, de 1762 à 1782, le trafic enregistre une augmentation de 230 %, ce qui ne lui permet pas cependant d’égaler Venise[54].

Bien que partielle, cette histoire des relations italo-sétoise éclaire certains aspects des extraits publiés ci-dessous. Elle permet de comprendre que les informations maritimes et douanières générales occupent la part essentielle de la correspondance d’Antoine Roux qui entend défendre au mieux les intérêts traditionnels de Gênes. Tout autre est l’optique de Charles Mercier. Celui-ci n’a pas à assurer la pérennité de positions acquises, mais à convaincre les négociants autrichiens et toscans de l’importance que peut représenter pour eux Sète. Aussi ses arguments se conjuguent-ils plus au futur qu’au passé. À ces raisons générales s’ajoutent des données personnelles propres à chacun des auteurs de ces courriers.

Malgré des activités et surtout des origines différentes, Antoine Roux et Charles Mercier participent du même milieu, celui du négoce sétois, plus habitué au commerce à la commission qu’à l’armement d’expéditions lointaines[55]. Même s’il est difficile de comparer avec précision leurs affaires, Antoine Roux, à en juger par les documents d’origine notariale, s’intéresse surtout aux échanges avec le littoral génois, maintenant des relations personnelles avec ses marins et ses marchands. Ne le voit-on pas, à l’occasion, prêter de l’argent à des matelots ligures pour le besoin de leurs affaires[56] ? Associé à son frère Toussaint, sous la raison de « Mercier frères », Charles Mercier paraît, en revanche, sans complexe dans des entreprises d’une autre ampleur, nettement orientées vers les rivages du Nord-Ouest de l’Europe. Parmi d’autres témoignages, les chargements de vin et d’eau de vie sur la Prudente, en janvier 1771, prête à faire voile vers St-Valéry, afin de satisfaire principalement une clientèle amiénoise, sont à cet égard, probants[57]. Leurs origines doivent être pour beaucoup dans les tropismes divergents de ces deux négociants. Les Roux, en effet, se veulent de Spolète. Antoine écrit en italien ses lettres aux Sérénissimes Seigneurs de Gênes et les signe le plus naturellement du monde « Rossi ». Sébastien Roux, le père, exerçait déjà la fonction de consul des États de l’Église et de Gênes quand son fils Antoine est nommé, en 1751, vice-consul de cette nation à Agde et à Sète[58]. Un autre de ses fils, Jean-Baptiste, maître boulanger de son état, se qualifie consul romain en 1770 à l’occasion du mariage de son fils, Sébastien[59]. Quant aux Mercier, venus de Dunkerque, ils s’installent à Sète vers le milieu du XVIIIe siècle. En 1755, par exemple, Toussaint Mercier s’entend avec un négociant connu de Montpellier, François Euzières, pour que celui-ci lui avance les fonds nécessaires pour la construction d’un magasin sur le terrain qu’il possède au quartier de la Rive Neuve, moyennant la promesse de la lui affermer pendant 9 ans[60]. Le vocabulaire enfin trahit sans aucun doute des références culturelles différentes : Antoine Roux, de décennie en décennie, utilise les expressions traditionnelles de la diplomatique génoise ; Charles Mercier sait, au contraire, manier, quand il le juge nécessaire, les formules chères aux hommes marqués par l’esprit philosophique du temps, comme celle-ci ; « C’est dans ces vues de bienfaisance… »[61]. Malgré leur netteté, ces traits distinctifs n’ont pas été assez forts pour interdire toute relation entre ces deux hommes.

L’un comme l’autre, ainsi que leurs proches, figurent sur les listes des membres du Conseil politique et des administrateurs de l’hôpital[62]. À l’occasion, ils participent aux mêmes affaires : au début du mois de juin 1781, par exemple, tous les deux attestent devant notaire « qu’ils n’ont pris aucun argent à la grosse ny fait et autres assurances sur deux mille et trois cents soixante cannes doüelles, montant seize mille six cents neuf livres seize sols et neuf deniers, chargées sur le pink nommé Notre-Dame de la Conception et St-Antoine de Padoue, commandé par le patron Christophe Chiappe, génois, que l’assurance que les Srs Grenier frères & Cie, négociants de Marseille, ont fait de la somme de 14.000 L pour compte et d’ordre des comparants sur la susdite marchandise,… »[63]. Surtout les deux familles sont unies : Toussaint Mercier, frère de Charles, et Antoine Roux sont, en effet, beaux-frères. Ils ont épousé deux sœurs, Marguerite et Claire Barral[64]. Par la suite, les liens entre eux se renforcent puisqu’en 1784, le fils du premier, Jean-Toussaint, négociant comme son père, prend pour épouse la fille du second, Suzanne, c’est-à-dire sa cousine germaine. À cette occasion, celle-ci reçoit de son père, une dot confortable de 48.000 livres, constituée de 18.000 livres en argent comptant et de 30.000 livres correspondant à la valeur d’une maison, magasin et partie d’enclos qu’Antoine Roux possède au-delà du Pont, « confrontant au couchant le quay du Canal ». Quant à son futur, il reconnaît avoir reçu de son père le quart de tous ses biens présents et à venir, comme il l’avait prévu lors du mariage de son fils aîné, en 1778, sur lequel il lui a été versé immédiatement 15.000 livres[65].

Malgré d’indéniables différences dont leur correspondance témoigne au fil des pages, Antoine Roux et Charles Mercier ont donc tissé peu à peu des liens économiques et familiaux, illustrant ainsi la fonction assimilatrice des villes maritimes. L’essor du trafic du port et l’élargissement géographique de ses relations n’ont cependant pas accompagné cette rencontre qui symbolise le croisement à Sète de courants migratoires opposés, les uns venus du Nord et les autres du Sud[66]. Plus précisément, aucun des deux consuls ne semble avoir réalisé pleinement ses ambitions. Certes, Antoine Roux poursuit sans encombre sa carrière, malgré ses craintes, quand Gênes lui fait reproche en 1783 d’avoir nommé Fournié vice-consul à Agde. En 1787, en effet, il reçoit, non sans fierté, le titre honorifique de secrétaire de la République[67].

Nos deux consuls, en effet, ont fait preuve d’un réel optimisme. Malgré les appels répétés d’Antoine Roux en faveur de l’abrogation du droit de fret imposé aux bateaux génois, celui-ci reste en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Régime. Il faut attendre le 31 mars 1793 pour que la Convention décrète sa suppression « dans le grand cabotage par les navires étrangers pendant tout le temps que durera la guerre », à la demande de la municipalité de Toulon qui s’était plainte, à l’assemblée, de sa levée « sur les navires génois, toscans, romains, vénitiens et ragusains, employés au transport des grains en France »[68] . Quant à Charles Mercier, il a, semble-t-il, surévalué les chances de développement du trafic sétois. En 1787, l’intendant du Languedoc juge, en se fondant sur l’opinion de son subdélégué que « quoique le port existe depuis plus de cent ans, la navigation et le commerce maritime y sont presque encore dans l’enfance »[69]. L’augmentation du nombre des consulats étrangers établis dans ce port au cours de la décennie qui précède la Révolution ne doit pas faire illusion[70]. Plus précisément encore, la part des Impériaux ne semble pas s’être élevée entre 1780 et 1789 parmi la flotte qui jette l’ancre bon an mal an, au pied du Saint-Clair[71]. Ne faut-il pas, alors, s’interroger sur la valeur des thèmes développés et des arguments défendus dans cette correspondance.

Trois d’entre eux, notamment, parmi les plus importants, – les effets néfastes du droit de fret, la vitalité prometteuse des salines et l’accès efficace à Bordeaux par le Canal des Deux-Mers –, perdent de leurs forces au premier examen. Pour Antoine Roux, les difficultés des échanges directs avec Gênes proviennent surtout de la levée de plus en plus lourde du droit de fret. Sans vouloir nier la charge réelle de cette imposition indirecte, il n’est pas cependant possible de ne voir en elle, la seule cause du reflux du nombre des bateaux génois dans le port de Sète. En fait, l’abandon du pavillon de Gênes par ses marins n’est pas un phénomène récent ni exclusivement réservé aux relations avec le Roi Très Chrétien. Dès 1730, par exemple, le consul de l’époque, Pierre de Bénézech, informe, en effet, les Sérénissimes Seigneurs de la République de Gênes qu’il ne voit plus naviguer des bâtiments génois, si ce n’est sous des pavillons étrangers, espagnols ou impériaux[72]. Au début de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l’astronome J. de La Lande en donne clairement les raisons : « Presque tous les grands vaisseaux construits à Gênes et appartenant à des négociants de la ville, naviguent sous le pavillon des autres puissances qui ont des traités avec les Barbaresques. … Il y a plus de cent bâtiments de Gênes qui commercent sous le pavillon anglais, dont les capitaines, quoique souvent génois, ont servi en Angleterre et obtenu des lettres de capitaine anglais ; d’autres commercent sous pavillon français : la république n’est pas assez forte pour protéger son commerce maritime contre les Barbaresques et ses sujets trafiquent le plus qu’ils peuvent sous pavillon étranger… »[73]. Le consul génois à Marseille se plaint, par exemple, en 1777, de la position privilégiée de la France dans les relations avec les Barbaresques dont le commerce des prises connaît alors un net développement[74]. Ainsi le régime douanier n’est pas la seule cause de la diminution, dans la Méditerranée occidentale des navires battant le pavillon génois. Ces témoignages le montrent bien. Certains d’entre eux, de plus, permettent d’entrevoir les raisons personnelles pour lesquelles Antoine Roux attache tant de prix à la renaissance de la flotte génoise : les capitaines génois dont les bateaux arborent un pavillon autre que celui de la République, rechignent à payer les droits que leur réclament à l’étranger les consuls de leur Nation d’origine. En 1730, Pierre Bénézech, consul de Gênes, s’en plaint amèrement : ne sachant plus « comment faire pour vivre », il fait appel « à l’infinie bonté de ses Sérénissimes Seigneurs » pour qu’ils veuillent bien lui verser « un picolo honnorario »[75]. Dans les années 1780, les consuls génois en poste dans les ports français ou autrichiens condamnent encore cette attitude des capitaines et des patrons génois qui les privent de leurs revenus traditionnels, en arborant des pavillons étrangers[76]. En rédigeant ses Mémoires sur le droit de fret, Antoine Roux pense sincèrement contribuer à la renaissance de la marine génoise en Méditerranée occidentale, mais il entend aussi servir son intérêt personnel. L’argumentation de Charles Mercier n’est pas non plus exempte de faiblesses. Présenter Sète comme le point d’accès idéal au Canal du Midi et celui-ci comme un moyen assuré de communication pour atteindre Bordeaux, n’est certainement pas décrire le plus scrupuleusement possible la situation. Malgré la réalisation d’importants travaux, la liaison entre le canal et le port de Sète n’est pas toujours facile. Le subdélégué de l’Intendant le souligne encore peu avant la Révolution : « Le principal objet pour lequel la Cour avait eu le dessein de faire un port au Cap de Sette, n’est pas encore totalement rempli puisque le Canal de Languedoc n’a pas été continué jusqu’à ce port auquel on ne peut aborder en venant par le d. Canal qu’en traversant un étang considérable dont la navigation est souvent interrompue par les grands coups de vent qui la contrarient »[77]. Agde, en effet, assume toujours largement la fonction de transit entre la Méditerranée et le canal[78]. Quant au canal lui-même, sans mettre en doute sa qualité architecturale que vient de rappeler avec bonheur Michel Adgé[79], il ne parvient pas pleinement à jouer son rôle dans la mesure où il ne peut pas être en permanence en service. Selon N. de Fer, la navigation « n’a lieu que trois jours par semaine par des eaux ordinaires » tandis qu’en cas de crues ou de trop grandes sécheresses, « elle est complètement interceptée »[80]. Il arrive que les Marseillais préfèrent recourir à la voie plus longue par Gibraltar pour se rendre à la foire de Bordeaux « plutôt que de faire passer leurs marchandises par le canal royal » à cause de l’inégal état de navigation du canal et de la Garonne[81]. Non seulement, en dépit des affirmations de Charles Mercier, Sète communique donc parfois difficilement avec l’Atlantique par le canal, malgré des améliorations techniques réalisées entre 1780 et 1789, mais aussi, les salines dont la production devait progressivement fonder l’essor des échanges, notamment avec l’Europe du Nord, sont loin, pendant les premières années qui suivent le début de leur exploitation, de fournir la quantité de sel escomptée. Au départ, vers la fin des années 1770, le projet de leur création n’avait rien d’irréaliste. Tandis qu’au cours de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, décline, d’après les comptes du Sund, la part de Brouage sur le marché du sel de l’Europe du Nord, celle de la Méditerranée s’élève[82]. Sète pouvait donc bien collaborer à cette tendance d’autant qu’il y avait « toujours au port, et surtout en temps de paix, plus de bâtiments qu’il n’en fallait » « pour l’exportation des denrées ou des productions du Païs »[83]. Mais, plusieurs années après le début de leur exploitation, elles restent encore plus la source d’espoirs que celle de réels profits économiques comme l’exprime, à la fin de l’année 1786, l’auteur d’un Mémoire sur Sète déjà cité : « Cet établissement qui a été mal conduit dans son principe et qui, par les vices de son administration et les charges dont il était grévé, avait fait douter jusqu’à présent qu’il pouvait réussir, commence sous des directeurs plus intelligents et plus attentifs à donner des espérances puisqu’il a produit cette année aux environs de 50.000 minots de sel d’une qualité supérieure à celle de Peccais et qu’il se trouve en état de fournir dans cet instant à plus de vingt chargements de navires… »[84]. Le résultat atteint n’est pas négligeable, puisque cette production de 50.000 minots est déjà supérieure à celle de Peccais[85], mais il est tardif. Faut-il alors admettre que l’association d’intérêts personnels et généraux, d’une part, et l’estimation erronée des possibilités réelles de l’économie sétoise expliquent que la situation du port de Sète à la veille de la Révolution soit loin de celle esquissée par Charles Mercier vers 1780. Mais cette discordance entre les espoirs et leur réalisation, une dizaine d’années plus tard, ne tient pas seulement à des erreurs d’appréciation dont on vient de voir quelques exemples. Elle met en cause, beaucoup plus largement, la question de la valeur de la croissance du rôle maritime de Sète et de ses limites.

Il ne saurait être question, dans le cadre de cette simple note de présentation de documents, de traiter ce sujet d’autant qu’il a été abordé dès la fin du XVIIIe siècle[86], analysé, naguère, par Louis Dermigny et qu’il sera repris sous peu par Alain Degage[87]. Rappelons simplement que les contemporains ont eu, en effet, clairement conscience qu’en dépit d’indéniables progrès qu’illustre, par exemple, l’augmentation de la population qui passe entre 1705 et 1789 de 1.024 à 6.550 habitants[88], le développement de Sète n’avait pas donné toute sa mesure à la fin des années 1780. L’un des thèmes qui a été le plus souvent invoqué, depuis cette époque, pour expliquer que cette croissance ne s’était pas réalisée toute bride abattue, est la dépendance et tout d’abord celle de Marseille qui n’a pas échappé à Charles Mercier : « L’Ambitieuse Marseille veut être l’Entrepôt général, elle cherche à usurper le produit de l’industrie de nos manufactures qu’elle offre aux Étrangers avec des productions du Languedoc et les habitue ainsi à s’éloigner de la vraye source », avant de conclure sur cette formule : « Le Languedoc est la mère nourrice de la Provence »[89]. Même si l’édit de 1669, en interdisant aux navires français d’aller chercher les produits du Levant ailleurs qu’à Marseille, a visé moins à établir « une chasse gardée » au profit du grand port provençal qu’à porter atteinte aux intérêts de Livourne, et même si « la concentration du trafic à Marseille » n’a pas aboli toutes les habitudes anciennes des Languedociens, comme celle de participer au commerce de la Barbarie[90], il est certain que Sète a souffert des privilèges accordés à Marseille. Mais comme le souligne l’intendant Ballainvilliers dans ses Mémoires, ceux-ci n’expliquent pas tout : il faut aussi tenir compte, par exemple, du manque d’expérience maritime de la province qui prive ainsi de bons équipages, et de la pusillanimité des « capitalistes de l’intérieur » qui ont perdu le sens du risque[91].

Quant à Charles Mercier, il finit par obtenir celui de consul du Grand-Duché de Toscane après avoir décroché celui de consul de l’Empire. Ni l’un, ni l’autre ne réussissent cependant sur les questions qui leur tiennent le plus à cœur : pas plus sur celle de l’abolition du droit de fret pour le premier que sur celle de l’essor du commerce avec l’Empire, en particulier avec Trieste, pour le second. Faut-il chercher les causes de ces échecs dans la faiblesse des arguments présentés, ou dans l’évolution générale de la conjoncture maritime ?

En dépit de leur contenu banal, les extraits de correspondance consulaire publiés ci-dessus confirment tout d’abord le caractère ambigu des consulats étrangers établis en France en cette fin du XVIIIe siècle. Certes, leurs titulaires ne sont plus les élus des marchands et leur rôle est devenu de plus en plus administratif. Mais leurs liens avec le commerce restent étroits. Ici, Antoine Roux et Charles Mercier sont non seulement issus de la Marchandise, mais encore ils lui demeurent fidèles. Sans aucun doute, leurs activités consulaires facilitent plus qu’elles ne les contrarient, leurs affaires, d’autant que leur titre de représentant officiel d’un pays étranger leur vaut l’exemption de toute imposition. Ces lettres permettent aussi de saisir deux types de négociants sétois, l’un, incarnant la Méditerranée occidentale chrétienne, toute attentive aux menaces barbaresques et plus largement à la course, particulièrement active en ce temps de guerre, l’autre, descendu du Nord, tout tendu à renforcer les relations entre la Méditerranée et les rivages de l’Europe du Nord-Ouest. Mais l’opposition entre eux est, sans doute, moins profonde qu’il ne le semble. Malgré des références personnelles différentes, ces deux hommes se savent désormais solidaires, familialement et économiquement, et bientôt politiquement. Par delà la Révolution et l’Empire, les deux familles se retrouvent dans une ferveur monarchique commune. Parmi les hommes qui facilitent à Sète, en 1815, l’embarquement du duc d’Angoulême sur le Scandinavia, se manifestent Jean-Toussaint Mercier, neveu par alliance d’Antoine Roux et neveu de Charles Mercier, et E. Ratyé, futur vicomte de La Peyrade, petit-fils par alliance d’Antoine Roux[92]. Enfin, ces documents témoignent de la fidélité de Sète à ses liaisons traditionnelles avec les côtes méditerranéennes au moment où certains de ses négociants rêvent d’une ouverture plus large sur l’Océan et ses annexes septentrionales, peut-être, parce que, en ces années de guerre qui affectent le trafic marseillais, ils pensent qu’il a une place à prendre[93].

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  1. A. Degage, « Les évêques d’Agde et de l’île de Sète au XVIIIe siècle, ou les contestations permanentes d’une ville naissante envers son Seigneur », Bull. Soc. Études scient. de Sète et de sa région, VIII et IX, 1976 et 1977, p. 157-167.

  2. L. Dermigny, Naissance et croissance d’un port. Sète de 1666 à 1880. Sète, Institut d’Études économiques, maritimes et commerciales de Sète, 1955, p. 52.
  3. J.A. Giral, Mémoire pour la Ville et le Port de Sette. Montpellier, J. Fr. Picot, 1779. In-fol., 9 p. et pl.
  4. Almanach royal, M.DCC.LXXX. Paris, d’Houry, 1783, p. 254.
  5. J. Georgelin, Venise au Siècle des Lumières. Paris – La Haye, Mouton, 1976, In-8°, 574 p.
  6. Hors de la Péninsule, les premiers sondages n’ont guère été plus concluants. Par exemple, les Archives du palais de Monaco ne conservent plus aucun document relatif à la représentation consulaire de la Principauté à Sète, assurée de 1781 à 1789 par Grangent. En revanche, l’ « Archivo historico-nacional » à Madrid possède encore des papiers se rapportant au consulat espagnol à Sète, mais ceux-ci ne sont pas à ce jour inventoriés (Secciòn de Estado, legajo 3979). Quant aux archives du commissariat ou consulat des Provinces-Unies à Sète, elles ont disparu. Il ne reste plus que quelques lettres de Jean-Marie de La Marche, nommé consul à la requête de plusieurs marchands par la résolution des États Généraux du 2 mai 1776 dans le fonds de l’ambassade à Paris pour les années 1776 à 1779 (n° provisoire 597) et quelques-unes de son successeur, David Guillaume Bazille, nommé par la résolution des États Généraux du 27 février 1788, adressées aux directeurs du commerce du Levant (Commission du commerce du Levant, n° 184). Je remercie le Dr B.J. Slot, conservateur de la Première Section des « Algemeen Rijksarchief » de m’avoir communiqué ces renseignements.
  7. L. Dermigny, op. cit., p. 17.
  8. Je remercie vivement mon frère, M. Jean Michel, d’avoir bien voulu relire la traduction des lettres rédigées en italien par Antoine Roux. Ses remarques ont été pour moi très précieuses.
  9. A.M. Salone, « Les consuls génois 1600-1662. Documents des Archives d’État de Gênes ». 10e Rencontre de Marseille, Marseille, n° 122, 3e trim. 1980, p. 7-14, cf. p. 7.
  10. R.J. Valin, Nouveau commentaire sur l’ordonnance de la marine du mois d’Août 1681. La Rochelle, J. Legier, 1760, 2 vol. in-4°, cf. t. 1, p. 217, Titre IX, « Des Consuls de la Nation française dans les pays étrangers », selon lequel l’institution consulaire « est du droit purement politique et par conséquent » elle « dépend essentiellement des capitulations, des traités, en un mot, des conventions particulières arrêtées entre les souverains chacun d’eux étant fondé à empêcher tout commerce étranger dans ses États ou à ne le permettre qu’à certaines conditions ». Pour Mr de Steck, dans son Essai sur les consuls (Berlin, Fr. Nicolai, 1790. In-8°, 496 p.), « quoiqu’ils (les consuls) ne participent pas à toutes les immunités, à toutes les prérogatives, à toutes les exemptions… dont jouissent les ministres proprement dits, ils ne laissent pas néanmoins d’être revêtus d’un caractère public, d’être sous la protection du droit des gens, de jouir des privilèges et des prérogatives que les traités ou l’usage leur assurent », p. 22.
  11. R.J. Valin, op. cit., p. 217 et Mr de Steck, op. cit., p. 11.
  12. Recueil des Instructions données aux Ambassadeurs de France depuis le Traité de Westphalie jusqu’à la Révolution française, t. XIX, Florence, Modène, Gênes, par E. Driault. Paris, F. Alcan, 1912, p. 279, « Mémoire concernant le commerce maritime et la navigation des sujets du Roy à M. de Campredon, du 9 août 1727 ». Dans le paragraphe consacré au « Consul de France à Gênes et à sa jurisdiction », il est précisé que « les consuls françois establis dans les pays étrangers doivent connoître privativement aux juges des ports où ils résident des différentes contestations et procèz qui surviennent entre les négociants, les capitaines, patrons, équipages et passagers des vaisseaux de la nation… Le Consul connoit aussy tous les procèz qui surviennent entre les François et les Génois… ».
  13. Mr de Steck, op. cit., p. 23.
  14. Sur les origines des consulats, voir les articles anciens de G. Salles, « Les origines des premiers consulats de la nation française à l’étranger », Revue d’Histoire diplomatique, 1895, p. 536-573 et 1896, p. 253-273 ; et du même, « L’institution des consulats : son origine, son développement au Moyen-Age chez les différents peuples », Revue d’Histoire diplomatique, 1897, p. 161-191, 409-426 et 565-614, mais surtout l’exposé beaucoup ample et pénétrant de Louis Dermigny, « Escales, Échelles et Ports francs au Moyen-Age et aux Temps modernes », Recueils de la Société Jean Bodin, t. XXXIV, Les Grandes escales (3e partie). Bruxelles, Librairie Encyclopédique, 1974, p. 213-644.
  15. Voir ci-dessus la lettre de Charles Mercier au comte de Zinzendorf, du 28 octobre 1781 (Document B IV).
  16. Sète, A.M., HH 19. Exemption en faveur du Sr. Roux, vice-consul de Gênes à Sète et à Agde, du 18 décembre 1751, précédée de la traduction de la commission dont celui-ci venait de bénéficier le 13 mars 1751. Ce document m’a été transmis par M.A. Iranzo, conservateur des Archives municipales de Sète que je remercie très sincèrement.
  17. Archivio di Stato de Gênes, Arch. segreto, 2618, Lettere consoli (Francia), Lettere del console Rossi (1749-1791), Lettre d’Antoine Roux, Cette, le 28 sept. 1757, « … Lori Sermi Sigri mi permetteranno di reprezentarly che quello dritto di tonelagio chiamato in franceze droit de fret, é cauza che tutty Ly bastimenti nationnali prendono Bandera forestiera per esere franchi di questo detto dritto di tonelagio… ». Quant au Mémoire envoyé à l’ambassadeur de Gênes pour être remis à l’abbé Terray, contrôleur général des Finances, il est joint à la dépêche du 17 mars 1773 et se trouve dans la même liasse que le document précédent.
  18. Il s’agit en fait d’une déclaration du Roi « pour le droit de 50 sols pour tonneau de fret que sa Majesté a ordonné être levé sur le port dont se trouvent les vaisseaux et batimens appartenans aux étrangers qui viennent fretter, décharger ou charger es ports et havres de France, du 20me Juin 1659 ». Le texte est reproduit par G.Fr. de Martens, Loix et ordonnances des diverses puissances européennes concernant le Commerce, la Navigation et les Assurances, t. I, France, Gottingue, J.Fr. Rower, 1802. In-8°, 656 p., cf. p. 6-8.
  19. Corps universel diplomatique du droit des gens… par J. Dumont. Amsterdam, P. Brunel… – La Haye, P. Husson, 1731, t. VIII, part. I, p. 345, 366 et 382.
  20. À la suite de la Déclaration royale, portant augmentation du Droit de fret sur les navires étrangers en date du 24 novembre 1750, voir le texte dans G.Fr. de Martens, op. cit., p. 16.
  21. Autres plaintes du consul génois contre le fermier du Domaine, in A.D. Hérault, C 6960, f° 197 sq., 9 sept. 1758 à propos de l’assujettissement au payement de droits sur les futailles vides.
  22. Gênes, Arch. di Stato, Arch. segreto, Lettere console, Francia, A. Rossi, déjà cité.
  23. Voir ci-dessous, document B IV.
  24. Voir ci-dessous, document A IV.
  25. Voir les réflexions générales dans F. Braudel, La Méditerranée au temps de Philippe II. Paris, A. Colin, 1966, t. I, p. 190 sq.
  26. A.D. Hérault, C 4684, Lettre du Mal duc de Biron, Paris, 22 décembre 1778.
  27. Ibid., Lettre des Maire et Consuls de Sète, le 21 janvier 1779.
  28. L. Dermigny, op. cit., p. 18-20.
  29. Ibid., p. 21.
  30. Ibid., p. 24, un contre trois, de septembre 1774 à septembre 1775 et de même, de septembre 1776 à septembre 1777.
  31. J. Georgelin, op. cit., p. 107.
  32. Ibid., p. 99.
  33. L. Dermigny, op. cit., p. 51.
  34. Voir A. N., Q1 299 et le Recueil des Édits, Déclarations… de la Province de Languedoc pour l’année 1780, Montpellier, J. Martel, 1780.
  35. M. Blanchard, « Sel et diplomatie en Savoie et dans les cantons suisses aux XVIIe et XVIIIe siècles », Annales, E.S.C., 1960, p. 1076-1093.
  36. T. Fanfani, « Il sale nel litorale austriaco dal XV al XVIII secolo. Un problema nei rapporti tra Venezia e Trieste », in Sale et saline nell’Adriatico sec. XV-XX, a cura di Antonio di Vettorio. – Napoli, Giannini ed., 1981. Cf., p. 157-238 et en particulier, p. 228-9.
  37. Journal de la Généralité de Montpellier, n° 37, 6 janvier 1781, p. 168, et 25 août 1781, p. 78.
  38. A.D. Hérault, II E 89/11, f° 109, 17 avril 1782.
  39. Voir ci-dessous le document C II.
  40. Voir par exemple, J.P. Filipini, « Livourne et la guerre (de la fin du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle), Bull. de la Soc. d’Histoire moderne, 16e Série, n° 7, 79e année, p. 2-9.
  41. Ad. Schaube, Handelsgeschichte der romanischen Völker. München, p. 101, cité par J. Caille, “Les Marchands de Montpellier et la leude de Narbonne dans le dernier quart du XIe siècle”, Bull. hist. de la Ville de Montpellier, n° 5 (1985), p. 5.
  42. P. Lisciandrelli, Trattati e negoziazioni politiche della republica di Genova (958-1797), Regesti. – Genova, Soc. Ligure di storia patria, 1960. In-8°, 242 p. (Atti della Società ligure di Storia patria, Nuova Serie, vol. 1), cf. p. 40, voir aussi, G.B. Adriani, Notizie intorno ad alcuni documenti negli archivi ; Histoire de Montpellier, ss. dir. de G. Cholvy, Toulouse, Privat, 1984, p. 30, 54 et 74 et J. Combes, « Montpellier et les foires de Champagne », Actes du 96e Congrès national des Sociétés savantes, Toulouse, 1971, Sion de Philologie et d’Histoire jusqu’en 1610, t. I, Paris, B. N., 1978, p. 381-428, en particulier, p. 391 sq.
  43. P. Lisciandrelli, op. cit., p. 177, au sujet de la nomination le 28 mars 1504 par Philippe de Clèves, gouverneur, et par le Conseil des Anciens, de Giovanni Consiglio, consul des Génois à Aigues-Mortes, et p. 185, nouvelle nomination du même en tant que consul de Gênes à Aigues-Mortes par Ottaviano Campofregoso, gouverneur, et par le Conseil des Anciens de Gênes.
  44. Dans une lettre du 6 mai 1671, M. de Froidour, Lt gal civil et criminel, grand-maître des eaux et forêts en Languedoc, signale dans le récit du dernier voyage qu’il vient de faire à Sète qu’il y a dans le port « neuf bâtiments, dont trois étaient des barques de Gênes qui chargeaient du vin », cité par J.L. Cazalet, Cette et son commerce des vins de 1666 à 1920. – Montpellier, Firmin et Montane, 1920. In-8°, 412 p. (Université de Montpellier, Thèse de Droit), cf. 32 p.
  45. J.L. Cazalet, op. cit., p. 37 et 41 ; sur la présence génoise à Sète au XVIIIe siècle, voir aussi, L. Dutil, L’état économique du Languedoc à la fin de l’Ancien Régime, 1750-1789. – Paris, Hachette, 1911, p. 763, 789 et 845, où l’auteur évoque les « petits bateaux aux couleurs vives des Génois à la foire de Beaucaire », et J.J. Vidal, Vauvert et les Vauverdois aux XVIIe et XVIIIe siècles. Montpellier, Université P. Valéry, 1978. (Thèse de Doctorat d’Histoire), en particulier, p. 221, au sujet des demandes d’amélioration des voies navigables dans la région du Caylar, de Vauvert et d’Aimargues afin de faciliter l’exportation des vins par les Génois.
  46. L’Archivio di Stato de Gênes conserve la correspondance du consulat génois à Sète à partir du 2 juillet 1700. Les premières lettres sont signées par Antonio Maria Berlengiero. (Archivio segreto 2618, Lettere consoli – Francia).
  47. G. Guarnieri, Da porto pisano a Livorno Città. Studio storico-critico. – Pisa, ed. Giardini, 1967. Sur les débuts de Livourne, voir F. Braudel et R. Romano, Navires et marchandises à l’entrée du port de Livourne, 1547-1611. – Paris, S.E.V.P.E.N., 1951. En attendant l’achèvement des travaux de J.P. Filippini, on peut aussi consulter M. Baruchello, Livorno e il suo porto. – Livorno, S.A. Ed. Riviste Techniche, 1932 et L. Bortolotti, Livorno dal 1748 al 1958. Profilo storico-urbanistico. Firenze, L.S. Olschki, 1970. In-8°, XIX, 425 p.
  48. L. Demigny, op. cit., p. 18.
  49. Ibid ., p. 45.
  50. J. Georgelin, op. cit., p. 101 et R. Fuchs, Lo sviluppo demografico di Trieste. Dalle origine della citta ai giorni nostri. Trieste, 1963, cité par T. Fanfani, art. cit., p. 165.
  51. J. Georgelin, op. cit., p. 99.
  52. R. Dollot, Trieste et la France (1702-1958). Histoire d’un consulat. Paris, A. Pédone, 1961. In-8°, 259 p. Le premier consul est agréé le 30 juillet 1770.
  53. A. Tamaro, Storia di Trieste, 1ère éd., Roma, 1924, 2ème éd., Trieste, éd. Lint, 1976, t. II, p. 173 ; D. Torbianelli Moscarda, Vicende giuridico-amministrative a Trieste da Carlo VI a Leopoldo II. – Milan, Giuffre, 1971, p. 91. Sur le commerce autrichien à la Chine, voir, outre la thèse de Louis Dermigny, F. Baduderi, Trieste e gli interessi austriaci in Asia nei secoli XVIII-XIX. – Padova, 1966.
  54. J. Georgelin, op. cit., p. 112. Le succès de cette compagnie sera médiocre.
  55. Cf. Mémoire sur le diocèse d’Agde par Ballainvilliers, cité par L. Dutil, op. cit., p. 790 : « À l’exception d’un très petit nombre de négociants qui font quelques opérations pour leur compte, tous sont en général plutôt des commissionnaires que des armateurs… ».
  56. Cf. par exemple, ce prêt de 171 L. 11 s. à Jean-Baptiste Buccelli, matelot de la ville d’Espontone, rivière de Gênes, le 24 avril 1754, A.D. Hérault, II E 89/2, f° 167 vo-168.
  57. A.D. Hérault, II E 89/8, f° 3 sq., 10 janvier 1771.
  58. Cf. la commission des Seigneurs et gouverneurs de la République de Gênes du 13 mars 1751, A.M. Sète, HH 19 (1).
  59. A.D. Hérault, 3 E3 4, Agde, paroisse St-Étienne, mariage de Sr. Sébastien Roux, consul génois, âgé de 29 ans, fils de Sr. Jean-Baptiste Roux, consul romain et de Dlle Marie David, de la paroisse St-Louis de Sète, avec Dlle Claude Bellière, âgée de 26 ans, fille du Sr. Jean-Charles Bellière, consul de diverses nations et de Dlle Marguerite Rouvière.
  60. A.D. Hérault, II E 89/2, f° 250, enregistrement des conventions du 20 mars 1756.
  61. Voir ci-dessous le document B II.
  62. Cf. H. Mouret, Nomenclature des cent-huit administrations municipales de la ville de Cette, depuis son érection en communauté en 1685 jusqu’à l’année 1890. – Cette, Vve Blanchot-Cardinal, 1890. – In-8°, 59 p., p. 32, auditeur aux comptes, Mercier, administrateur de l’Hôpital, Roux (1771), administrateur de l’Hôpital, Roux (1773) ; p. 35, administrateur de l’Hôpital, A. Roux (1778), id., Roux, consul génois et Toussaint Mercier, père (1779) ; conseiller politique et auditeur aux comptes, Charles Mercier (1782).
  63. A.D. Hérault, II E 89/11, f° 39.
  64. Antoine Roux avait épousé en premières noces le 12 septembre 1747 à Balaruc, Françoise Pouzaire. Devenu veuf, il s’était remarié à Sète, paroisse St-Louis, le 6 février 1759, avec Claire Barral, fille de feux Joseph Barral et de Marguerite Goudard. Du premier mariage, il avait eu Jean-Baptiste Sébastien, bapt. à Sète le 19 juillet 1754 et mort à Agde le 21 avril 1826 ; marié à Bédarieux, le 17 février 1778 avec Dlle Marie d’Abbes du Cairon, fille de M. Guillaume d’Abbes du Cairon et de Dame Marie Prades, de Bédarieux. Ils eurent Claire, Catherine, née à Sète le 30 novembre 1778 et décédée à Agde, le 30 septembre 1854, épouse en 1796, Étienne, Joseph, Marie, Jean-Pierre, Alexandre Ratyé (Sète, 6 octobre 1774 – Agde, 25 septembre 1846), riche négociant et armateur, en société sous la raison de « Bresson, Ratyé », qui fut maire de Sète pendant la première Restauration. Avec Mercier et Durand, il facilita la fuite du duc d’Angoulême après l’affaire de La Pallud. Il reçut le titre de vicomte de La Peyrade par lettres patentes en 1817. En 1830, il se retira à Agde au château de St-Martin où il meurt en 1846 sans postérité. Quant à Jean-Baptiste Roux, il pratiqua tout d’abord le commerce. Mais à la faveur de la Révolution, il se convertit à la vie agricole et politique. Le 3 mars 1791, il acheta le domaine de St-Martin à Agde qui avait appartenu à l’évêché (A.D. Hrlt, Q 324, f° 410) pour 130.000 F. Il a été d’autre part nommé, dès le 25 janvier 1790, maire de Sète et le 27 novembre 1790, il est devenu administrateur du département. Sous l’Empire, il figure au 18e rang des 30 plus imposés du département (Paris, A.N., A F IV, 1427, pièce 18), tandis que son père Antoine figure sur la liste des 60 plus imposés. Ses revenus sont estimés à 45.000 F en 1812 et ses contributions s’élèvent à 4.494 F en 1806 et à 3.836 F en 1812 (Paris, A.N., F1b Hérault 9, Liste des 100 plus imposés d’Agde en 1812). Du second lit, il eut Suzanne, née à Sète, qui épousa le 27 janvier 1784 Jean-Toussaint Mercier, fils de Toussaint Mercier et de Marguerite Barral, sœur de Claire. De cette union naquit Marie-Marguerite qui épouse le 26 mars 1802 Louis-Auguste Chauvet, docteur en Médecine, chevalier du Lys, sous-préfet de Montpellier.
  65. A.D. Hérault, II E 89/11, f° 292 vo, 27 janvier 1784 (J. Taissié, nore).
  66. E. Le Roy Ladurie, Les Paysans du Languedoc. Paris, S.E.V.P.E.N., 1964, t. I, p. 131.
  67. Voir ci-dessous les documents A IV, du 12 juin 1783, et A V, du 10 avril 1787.
  68. G.Fr. de Martens, op. cit., t. I, p. 17 et 18 d’après les Procès-verbaux de la Convention nationale, t. IX, p. 141.
  69. « Cette, il y a un siècle », d’après les Mémoires de Ballainvilliers, dernier intendant de Languedoc, Bull. Soc. Lang. Géogr., t. VIII, 1885, p. 267.
  70. Almanach royal MLCCLXXXIX, p. 182 sq., Charles Mercier, consul de l’Empereur, id., consul du Duc de Toscane, J.F. de Boursac et Jayme Patxot, consul et vice-consul de l’Espagne, Fournier, vice-consul des Deux-Siciles à Agde, L. Bérail, vice-consul de la Sardaigne à Sète, Joseph-Philippe Gagnon, consul général de Gênes en Languedoc et Roussillon et G.M. Fournier, vice-consul à Agde, Grangent, agent consulaire à Monaco, Berthold Paulin, consul de la Suède à Montpellier et à Sète, Grandgent, agent consulaire de la Prusse, Imbert, consul de Malte, J.M. de La Marche, commissaire des Provinces-Unies.
  71. A.D. Hérault, C 2922 (1787).
  72. Cf. la lettre de Pierre de Bénézech, datée de Sète, le 29 janvier 1730, Gênes, Arch. di Stato, Archivio segreto, Lettere dei consoli, E.T. de Bénézech et P. de Bénézech, 29 janvier 1721 – 29 janvier 1730.
  73. J. de La Lande, Voyages en Italie fait dans les années 1765 et 1766. Genève, 1790, vol. VII, p. 317-318.
  74. Gênes, Archivio di Stato, Arch. segreto, Lettere consoli. Marsiglia, 1759-1784, n° 2622. Lettre du consul N. Pagano du 7 oct. 1777, cité par G. Giacchero, Economia e sociatà del settecento genovese. Gênes, Sapep ed., 1973, p. 162.
  75. Voir ci-dessus la note 72.
  76. Gênes, Archivio di Stato, Lettere consoli, Austria, n° 2617. Lettere console G. de Rossetti ai Collegi, 4 oct. et 26 décembre 1780.
  77. A.D. Hérault, C 4680, État des objets dont Monseigneur l’Intendant désire avoir le détail sur la ville de Sète (sept. 1786).
  78. Sur le port d’Agde, voir les travaux de J.-Claude Gaussent, par exemple, « Les gens de mer à Agde au XVIIIe siècle », Annales du Midi, 1980, t. 92, n° 147, p. 161-178.
  79. M. Adgé, Les ouvrages d’art du Canal du Midi. Conception et évolution des principaux types (1667-1857). – Agde, chez l’auteur, 1984, 328 p. (Mém. de maîtrise d’Histoire moderne, ss. dir. de Mlle A. Blanchard).
  80. N. de Fer, « Observations sur le canal de Languedoc et la jonction des Deux-Mers par ce même canal » (1779), Paris, École des Ponts et Chaussées, Mss. 233, t. V.
  81. A.D., C 6942, « Mémoire des observations sur l’état actuel du canal royal… pour l’année 1774 ».
  82. P. Jeannin, « Le marché du sel marin dans l’Europe du Nord du XIVe au XVIIIe siècle », in Le Rôle du sel dans l’histoire. Travaux préparés ss. la dir. de M. Mollat. Paris, P.U.F., 1968. In-8°, 334 p., cf. p. 79, 92 et 93.
  83. A.D. Hérault, C 2922, Mémoire du subdélégué Grangent, Sète, le 14 novembre 1784.
  84. A.D. Hérault, C 4680.
  85. L. Dermigny, op. cit., p. 58, note 4.
  86. A.D. Hérault, C 4680, doc. déjà cité.
  87. L. Dermigny, op. cit., et la contribution d’A. Degage sur Sète au XVIIIe siècle dans l’Histoire de Sète en préparation chez Privat.
  88. L. Dermigny, « Esquisse de l’Histoire d’un port », in Sète. – Marseille, Socedim, 1967, n. pag.
  89. Voir ci-dessous le document B IV.
  90. L. Dermigny, « Armement languedocien et trafic du Levant et de la Barbarie », Provence historique, 1955 et 1956. Voir aussi, R.J. Valin, op. cit., t. I, p. 221 et Questions sur le commerce des Français au Levant. Marseille, Carapatria, 1755. In-12°, 153 p. dont un compte-rendu a paru dans le Journal de Trévoux, t. LV, 1755, oct., p. 2340-2368.
  91. « Cette, il y a un siècle », art. cit., p. 267.
  92. Voir par exemple, A.N., F1b II Hérault 9, pour les sentiments monarchistes des Roux. Sur l’épisode de la fuite du duc d’Angoulême, renseignements communiqués très aimablement par M. P. Fabris, M. Bouchard d’Esquieu et J. de Reilhan de Carnas.
  93. Ch. Carrière, Négociants marseillais au XVIIIe s. – Marseille, 1973, t. I, p. 62-63 et 400.